Devez-vous tailler vos tomates? 10 arguments pour en finir avec la polémique

Publié par François le

Vous êtes totalement torturé devant plants de tomates, un sécateur à la main.

Mais comment en êtes-vous arriver là ?

Flashback. Quelques heures plus tôt dans la matinée.

En ce matin de juin, vous avez eu la grande fierté de faire découvrir à vos invités du dimanche vos magnifiques plants de tomates. Ceux que vous avez chéris depuis des semaines.

Vos bébés.

Pieds de tomates

Mais le show a été gâché. Une petite voix s’est élevée entre les rangs:

“Tiens? Tu ne les tailles pas? Tu ne retires pas les gourmands?…

S’en est suivi un interminable silence, révélateur de votre immense méconnaissance….

L’après-midi même, vous avez sauté sur votre smartphone pour consulter des tutos Youtube.

Éliminez les “gourmands”. Les pincez ou les virer au sécateur. Les messages étaient limpides.

Autant dire que vous alliez pouvoir les appliquer les doigts dans le nez.

Devant votre écran, votre visage a soudainement pris une expression de désolation.

Un jardinier expert a déboulonné en quelques secondes toutes les certitudes que vous veniez de vous forger:

Inutile de tailler ses tomates!” s’exclamait-t-il.

Et rapidement vous avez compris qu’ils étaient des centaines à défendre ce point de vue sur la toile.

Voilà pourquoi, au soleil couchant, vous ne savez plus quoi faire devant vos pieds de tomates.

Comme vous, je me suis vite retrouvé tiraillé. A me demander à quel camp j’appartenais.

Y-aurait-il le clan des bons et celui des méchants?

Laissez-moi vous avouer une chose: quand je consulte les groupes Facebook consacrés au potager, je suis totalement sidéré par la tournure que prennent les discussions sur la taille des tomates.

Le débat vire rapidement au grand procès stalinien.

Pourquoi tu tailles tes gourmands ?!?!

Dans cet article, j’ai souhaité faire le point sur cette discorde. J’ai listé les arguments mis en avant par les adeptes de la taille. Et ceux des pros de la non-taille.

Pour en finir avec la polémique.

Mais d’abord, la taille des tomates, qu’est-ce que c’est?

La taille des tomates s’entend généralement par le retrait de ce qu’on appelle les gourmands.

Observez votre pied de tomate: il présente une tige principale. Il émet également des feuilles.

Et heureusement des hampes florales. Sinon pas l’ombre d’une tomate!

Mais à vitesse grand V se développent aussi des tiges qui partent à l’aisselle de la tige principale et d’une feuille.

Au départ, le gourmand est ridiculement petit. Quasi insignifiant.

Mais en l’espace de quelques jours il grandira comme un collégien en pleine puberté. Une toute nouvelle tige se forme.

Gourmand tomates
Une mini feuille à l’intersection entre la tige principale et la tige de feuilles … rendez-vous dans quelques jours, vous serez surpris!

Allez! Je vais vous révéler une première vérité. Qui va vous faire changer de vision.

Un gourmand n’est pas un gourmand.

Pour être exact, il ne faudrait pas l’appeler gourmand, mais tige secondaire.

Je chipote avec les mots, mais il faut appeler un chat un chat!

Si vous commencez à traiter ce “truc” de gourmand, vous le considérez comme une excroissance qui va pomper toute l’énergie de la tomate sans rien produire.

Pourtant, faites l’essai, je vous assure. Si vous laissez un “gourmand” pousser, il produira des fleurs et donc des tomates.

Et il développera aussi toutes les feuilles qui fourniront l’énergie pour tenir le coup.

Stop. Arrêtons de le stigmatiser, le pauvre.

La taille des tomates, c’est donc ça: retirer ces tiges secondaires.

Tous ces gestes sont employés depuis belle lurette. Pourquoi sont-ils si méchamment remis en cause?

Pourquoi le maraîcher du coin s’obstine à tailler ? Est-il à ce point réac pour ne pas suivre la mouvance?

Voyons d’abord ce qu’un jardinier pro-taille nous apporte comme réponses.

Le point de vue du jardinier en faveur de la taille des tomates

“La taille des tomates me facilite le tuteurage”

Vous tuteurez vos tomates, n’est ce pas ?

Peut-être avec des piquets, des ficelles tendues. Personnellement, j’ai un faible pour les tuteurs torsadés.

Pourquoi fait-on ça?

Dans la majorité des cas, les variétés de tomates sont “indéterminées”. Autrement dit, elles émettent des tiges, qui poussent un peu à l’infini. Comme des lianes.

On les a donc naturellement cultivés en hauteur.

Vous le savez, l’être humain n’est franchement pas toujours très courageux, c’est un as de la paresse.

Si je vous demande de m’installer le tuteur le plus basique, vous me proposez quoi? Un bâton. Une tige. Une corde. Unique.

Fastoche, on accroche la plante autour.

Si on a l’habitude d’utiliser un tuteur unique, il devient évident de ne laisser qu’une seule tige. Et zip! On coupe les tiges secondaires.

C’est moins casse-bonbons.

Il m’arrive de me retrouver avec une tomate à deux tiges. Je les enroule tant bien que mal autour de mon tuteur torsadé.

Bonjour la galère.

A droite la tige principale. A gauche, un nouvelle tige sortie de nulle part! Je peux l’enrouler autour du tuteur… Pas si simple.

Ok, vous allez me répliquer que ce n’est pas adapté et que j’aurais pu me bouger les fesses pour fabriquer un autre système de tuteurage?

Pas faux! Mais je ne veux pas me compliquer la vie.

Voilà donc une des raisons de la taille: en coupant les tiges qui apparaissent à la base, vous mettez fin à cette problématique. Vous n’avez plus qu’à gérer une seule tige principale autour de son axe.

J’adore tailler mes tomates pour me faciliter la tâche.

Mais pas uniquement! Voyons ça tout de suite.

“Je gagne de la place en taillant mes tomates”

Vous savez à quoi ressemble une tomate, en “vrai” ?

Quand je dis “en vrai”, je sous-entends la tête d’un plant de tomate si on ne taille rien, qu’on laisse faire?

Quand on parle tomate, le quidam du coin aura l’image d’une plante d’un peu plus de 1m de haut, autour d’un tuteur.

Une image d’Epinal.

Scoop de paparazzi: voilà à quoi elle ressemble, au “naturel”, sans “maquillage”.

Si si, c’est un pied de tomates en cage (source: www.senshumus.org)

Oh la vache!

A vrai dire, une tomate au naturel, à laquelle on n’a pas retiré les tiges secondaires, va former un énorme buisson.

Démentiel, non?

La tomate en mode buisson peut s’étendre sur plus d’un mètre de circonférence.

Vous avez un potager de 400 mètres carrés? Pas de problème pour vous.

Mais je vois dans les yeux candides de certains débutants un gros doute. Ceux qui possèdent à peine quelques carrés potagers, de 1.20 m de large au plus.

Vous n’allez quand même pas utiliser tout votre carré pour UN seul plant de tomate ?!

Non, non et non!

Vous n’aviez pas du tout, mais alors pas du tout, envisagé la chose comme ça.

Voilà le problème: si vous souhaitez laisser toutes ces tiges secondaires s’étendre, vous deviendrez un producteur de buissons.

Vous vivrez dans un monde en 2 dimensions dans lequel la hauteur ET la largeur doivent être prise en compte.

Pour la hauteur, en conservant ces tiges secondaires à la base, vous ne pourrez plus planter aussi facilement d’autres plantes aux pieds des tomates.

Cela veut dire: moins de salades, d’aromatiques ou autre plantes de petite taille dans votre carré, n’est-ce pas ?

Et l’avantage incontestable de la taille, vous l’avez bien compris, c’est le gain en largeur. Pour une même surface, vous pourrez donc planter bien plus de tomates.

Conséquence directe pour vos carrés potagers? Tester plus de variétés sur une petite surface.

Chouette, non ?

Ça y est, je vois certains se lever de leur siège pour m’annoncer fièrement ”Eh bien, sur ta petite surface, tu n’as qu’à rapprocher tes tomates et les laisser buissonner!”

Un point partout, la balle au centre?

Vous pouvez tenter. Bonjour la forêt vierge et la récolte….

Et surtout, vous risquez gros. C’est ce qu’on va voir tout de suite.

“Avec des tomates taillées, j’améliore l’aération des plants”

Quand vous lisez les étiquettes sur les plants en godets du commerce, on vous conseille de séparer les plants de tomates.

Mais vous, on ne vous la fait pas. Vous êtes un rebelle dans l’âme. Ce n’est pas un conseiller jardinerie qui vous dictera votre façon de faire.

Votre credo: “ Vous n’aurez pas ma liberté de penser”

C’est comme ça que vous avez planté 5 pieds de courgettes dans un carré de 1 m de large. Et que vous avez mangé votre chapeau au mois de juillet.

C’est très tentant de concentrer un max de plants sur une petite surface. J’en ai fait les frais.

Pourquoi diable ces distances pour les tomates?

Une histoire d’aération.

Une question parfois de vie ou de mort.

Je vais vous décrire le terrible destin de milliers jardiniers. Un chemin que vous pourriez emprunter.

Au mois d’août, un orage gronde. Les nuages noirs s’étendent au-dessus de votre tête, et il n’est pas bon de rester dehors.

Puis la pluie déferle.

Dans votre tête, par contre, tout est au beau fixe: “Enfin de la pluie! “. Vos tomates vont adorer.

Pourtant, une chaleur pesante et lourde se fait sentir. La pluie persiste les jours suivants. Ce n’est pas de bon augure.

Le taux d’humidité est élevé. L’eau stagne sur les feuilles.

Quelques jours plus tard, un désastre s’abat. Les feuilles de vos tomates noircissent. Puis leurs tiges.

En l’espace d’une semaine, tous vos plants sont anéantis.

Vous pouvez dire adieu à vos délicieuses salades d’été.

Le criminel? Le mildiou de la tomate. Plus exactement le champignon qui en est responsable: Phytophthora infestans.

La frayeur des jardiniers. Et on peut le comprendre: toute une culture peut être disséminée.

le mildiou de la tomate, pas joli joli…(source: Wikipedia)

La maladie est véhiculée par des spores qui circulent dans l’air ou bien qui sont présentes dans le sol.

C’est un fait, vous n’y pouvez rien. Les spores circulent à l’état naturel.

Ce qui favorise le développement de la maladie en elle-même, par contre c’est la présence de gouttes d’eau sur le feuillage pendant plusieurs heures consécutives.

Et une certaine température “optimale”. Le mildiou sévit principalement pendant l’été.

Votre lutte consistera à tout prix à éviter la persistance de l’eau sur les feuilles pendant plusieurs heures.

Avec les pluies d’été, cela peut être un combat perdu d’avance.

Votre climat est humide? Vous n’avez pas trop de choix. Ne signez pas votre arrêt de mort, et prévoyez un abri avec une irrigation par tuyaux.

Faire circuler l’air entre les plants, voilà un moyen de prévention facile à appliquer pour tout jardinier. Vous limitez de risque d’humidité persistante.

C’est en cela qu’il me paraît indispensable de respecter une distance de sécurité entre vos pieds.

Revenons à notre taille.

A bien y regarder, un fan de buissons consciencieux pourra les planter espacés. Tant qu’il a de la place, le bougre !

Le seul hic dans l’histoire, c’est cette masse de feuilles qui constituent le buisson. Toute cette végétation facilite la condensation d’eau.

Si le sol est trempé, le risque que les feuilles restent humides est démultiplié dans ce milieu confiné.

Ce ne sera pas le cas pour tout le monde. Sur cette terre vivent des plus chanceux que d’autres.

Qui êtes-vous, au fond, cher lecteur ou lectrice? Une bretonne? Un lorrain? Une marseillaise? Un québécois? Une marocaine?

On comprend bien que vous avez chacun vos particularités climatiques qui influencent la survenue de maladies.

Pour une même région, certains jardins bénéficient de microclimats, d’un niveau d’ensoleillement qui peuvent changer la donne.

Et votre sol, vous y avez pensé? Argileux, il retient plus l’eau. Sableux, il s’assèche rapidement.

Plus l’eau a tendance à stagner dans votre potager, plus vous serez enclin à tailler pour limiter le feuillage et le risque de condensation.

Plus votre climat et votre sol vous permettent un assèchement rapide des feuilles, et plus vous pourrez tenter l’aventure “buisson”.

Il n’y a pas de potager semblable, et donc de pensée unique! Chacun a ses propres problématiques.

Partons vers un nouvel argument de notre adepte de la taille.

“La taille me permet de récolter des fruits plus gros et mieux calibrés”

Avez-vous pigé en quoi consistait ce principe de tige principale unique?

Je vous le donne en mille: à concentrer toute l’énergie de la plante sur les fruits qui dépendent de cette tige.

Si toute l’énergie circule dans cette partie de la plante, vous obtiendrez des fruits bien plus gros.

En laissant buissonner, par contre, vous répartissez l’énergie, un peu partout.

Vous engloutissez chaque semaine des tomates farcies?

Pas de doute, choisissez une variété adaptée, comme la Yellow Stuffer. Et taillez, taillez, Vous serez ravi!

Autre chose: la taille permettrait d’avoir des fruits mieux calibrés. C’est à dire de taille identique.

J’espère que vous n’êtes pas du genre sodomite de diptères, parce que franchement vous cherchez la p’tite bête.

OK, cette considération peut concerner des maraichers. Mais au potager, franchement, on arrête la prise de tête.

Lisez plutôt ce qui va suivre. Ca, au moins, c’est un argument valable.

“La taille permet la maturation plus précoce des fruits”

Attendez. Avant de me balancer un commentaire, lisez la suite.

Je pourrais très bien recopier bêtement ce qui est colporté par un paquet de gens à ce sujet.

“En retirant les feuilles qui font de l’ombre à mes tomates, je maximise l’apport de soleil et j’accélère leur mûrissement.”

Balivernes!

Ne soyez pas dupe. Le soleil ne fait pas mûrir les tomates.

On arrive bien à faire murir des tomates vertes à l’intérieur de la maison. Il n’est pas compliqué de constater que des tomates rougissent sans être en contact direct avec le soleil.

Peu importe la quantité de soleil qu’elles reçoivent, les tomates mûrissent quand elles ont atteint la taille nécessaire et qu’il fait assez chaud. Point barre.

Tant qu’elles n’ont pas atteint une taille suffisante, le mûrissement ne commence pas.

Il est d’ailleurs absurde de retirer toutes les feuilles en fin de saison, dans l’espoir d’activer ce mûrissement.

J’ai vraiment pitié quand j’observe ces potagers à tendance nudiste, qui exposent leurs pieds de tomates à poil au mois de septembre…

Par contre, la taille des gourmands, qui consiste à limiter la fructification à un tige principale, a un effet sur la précocité d’apparition des tomates.

C’est tout autre chose.

Vos tomates arriveront plus tôt dans la saison si vous vous focalisez sur ce pied principal.

Si vous avez une saison de production courte, ce n’est franchement pas anodin.

Vous vivez en climat méditerranéen? A vous le plaisir de l’été indien, et des tomates jusqu’en octobre/ novembre. Veinard.

Si vous êtes dans une région froide, par contre, désolé! Les tomates vont vite se cailler les miches quand approchera septembre.

C’est dans cette situation que la taille vous permettra de profiter d’un minimum  de tomates plus tôt, donc AVANT qu’il ne fasse trop froid.

Même chose si vous vivez dans une région au mildiou presque obligatoire en été. Vous allez pouvoir récolter AVANT qu’elles ne tombent malades.

Ça vous donne pas une furieuse envie de couper les gourmands?

“En taillant les gourmands, j’obtiens gratuitement de nouveaux plants”

Couic. C’est le bruit du sécateur qui sectionne cette grosse tige qui part de la base de votre plante.

Vous êtes de ceux qui aiment les coupes bien dégagées derrière les oreilles

Mais finalement, vous allez en faire quoi, de votre gros “gourmand”, une fois retiré?

Direction la déchetterie? Voyons …

Jeté dans le compost? C’est déjà mieux.

A même le sol pour faire du compostage de surface? Très intéressant…

Je vais être honnête avec vous: vous avez loupé une info.

Vous avez dans les mains un plant de tomate gratuit.

Si vous avez lu l’article “Comment bien planter des tomates – 10 étapes simples pour maximiser votre production”, vous savez que votre plante a la capacité formidable de produire de nouvelles racines le long de sa tige.

Eh bien, comme le gourmand est une tige, il est à même de produire aussi des racines.

Plongez-le dans un verre d’eau pendant quelques jours, vous serez bluffé.

Il suffit alors de le planter tout bêtement dans le sol. Et vous obtenez à moindre effort un nouveau pied de tomates (que vous choisirez de tailler ou non!).

Rien d’extraordinaire en soi. Cette technique n’est rien d’autre que du bouturage.

Mais ne vous emballez pas, elle a ses limites.

D’abord, le gourmand doit être grand. Inutile de tenter l’expérience avec le petit bitoniau de 2 centimètres.

Il faut donc le laisser un peu se développer sur votre pied.

Deuxièmement, cela implique que vous plantiez cette nouvelle tomate tardivement dans la saison. Il faut le temps qu’elle puisse de développer.

Si vous n’avez pas d’arrière-saison, bref, si vous ne vivez pas dans un climat méditerranéen, inutile de rêver à une production à grande échelle!

Ce n’est donc pas un argument en soi. Juste une astuce, un gadget.

Cela fait d’ailleurs doucement glousser le jardinier adepte de la non-taille.

Voyons ce que ce dernier a dans son panier comme arguments.

Le point de vue du jardinier contre la taille des tomates

“Quand je ne taille pas mes tomates, je gagne du temps”

Si vous débutez le potager avec 400 mètres carrés, félicitations, vous avez de l’ambition.

J’avoue ne pas en être là.

Je ne me pose donc pas la question du temps que va me prendre le pincement de mes gourmands. Franchement, c’est peanuts.

Le temps est encore plus réduit si on le fait précocement, c’est à dire au moment où le gourmand fait à peine quelques centimètres.

Regardez. Inutile de sortir le sécateur à ce stade.

Gourmand
A peine un centimètre à l’aisselle, pas de quoi fouetter un chat.

Par contre, si vous tournez à 60 plants de tomates, c’est l’usine.

Déjà, je suis persuadé que vous allez devoir, à un moment ou un autre, faire des conserves de coulis à tire larigot! Ne me mentez pas.

Mais en plus vous allez passer un temps démentiel sur ces gourmands.

Dans cette situation le jardinier fan de buissons criera à la paresse.

Je ne peux qu’acquiescer.

Réfléchissons toutefois à ce temps gagné à ne pas tailler.

Ce paresseux dans l’âme ne passera-t-il pas un temps conséquent à tuteurer ses plants? A trouver un système plus complexe pour attacher toutes ces tiges secondaires?

Ne sera-t-il pas gêné lors de la récolte de ses fruits, au milieu de tout cet imbroglio de feuilles?

C’est une question que je me pose en toute honnêteté. Mais je ne suis pas concerné, du fait de la petitesse de mon potager.

Peut-être que ceux qui pratiquent cette méthode pourront me donner leur avis en commentaires.

Je préfère l’argument suivant.

“Laisser des pieds de tomates en buissons me permet d’obtenir plus de fruits.”

Vous vous dites peut-être qu’en laissant pousser des tiges secondaires, vous risquez de “diluer” toute l’énergie de la plante, donc produire moins.

C’est un peu ce que je me disais.

A priori, ce n’est pas le cas. Chaque tige produit son lot de feuilles et de bouquets floraux.

OK, on produit des fruits plus petits. Mais en général, on en produit davantage.

Ce n’est pas une vérité absolue, cela dépend de la variété.

Par exemple, les pieds de tomates cerise produisent des fruits déjà tellement petits qu’il n’y a aucune raison de tailler. La plante ne va pas s’épuiser.

Tomates cerises non taillées
Cette tomate cerise est laissée telle quelle, je n’ai pas besoin de la tailler. Le tuteur supportera le poids des tomates.

Saviez-vous qu’il existent certaines variétés qui ne nécessitent aucune taille, car elles ont été conçues pour ça? Notamment les tomates déterminées (comme la Gold Nugget par exemple).

Pour les autres, en laissant ces tiges secondaires, on produirait de 1.5 à 2 fois plus de fruits. Je mets cela au conditionnel, car je n’ai pas de sources exactes.

Cela m’intéresserait d’ailleurs fortement si vous aviez des données scientifiques à m’apporter. N’hésitez pas à partager.

Si je taille, j’ai moins de tomates mais plus grosses.

Bref, le résultat final peut revenir au même: avec ou sans taille, on peut parfois obtenir un poids total de fruits identique!

C’est bien sur cette quantité de tomates que les adeptes de la non-taille clament leur positions, et ils auront bien raison: ils en cueillent plus que leur voisin.

Mais question: quelle variété utilisent-t-ils?

En tout cas, ils ne sortent pas leur sécateur. D’ailleurs, ils donnent généralement la raison suivante.

“Si je ne taille pas mes tomates, j’évite les portes d’entrée de maladies”

Je vous comprends, ce n’est pas un plaisir de zigouiller une partie de vos plants adorés.

Pour une fois que ça pousse!

Vous avez surement l’image d’enfants à qui on amputerait un membre…

Dites donc, vous ne seriez pas un peu glauque?

Le principal argument qui revient contre la taille concerne ces coupes qui laissent une belle cicatrice.

Visionnez cette vidéo d’Antoine de la chaîne du Potagiste. Il découvre avec désolation ses tomates malades.

Pourtant, depuis plusieurs années, il taille ses tomates, sans aucun problème de maladie. Et cette année, bam!

Les coupes ont probablement en partie expliqué ces maladies. Mais le Youtuber fait aussi amende honorable.

Car parfois, c’est le jardinier qui transporte les champignons pathogènes par ses mains ou son sécateur!

A bien y regarder, d’autres éléments de la tomate peuvent être touchées, à distance des coupes.

Gourmand de tomate
Pas toujours facile de différencier le gourmand de la tige principale lorsqu’il atteint un diamètre important. Cela devient moins tentant de sortir le sécateur à ce stade…

Je ne suis donc pas convaincu que la taille constitue une porte d’entrée majeure, si toutefois on la fait correctement.

Bref, nettoyez bien votre sécateur à l’alcool. Faites des coupes nettes.

Ce que je constate surtout, c’est que le retrait des gourmands à leur stade précoce n’entraîne qu’une plaie minime. Si vous taillez, faites-le dès que le gourmand apparaît.

Vous êtes de nature hypochondriaque? Vous avez la frayeur de toutes ces maladies, et vous préférez éviter cette taille ? Je l’entends bien.

Mais je peux aussi vous rétorquer qu’un feuillage dense (donc non taillé) favorisera le mildiou.

Allez, un dernier argument pour la route.

“En ne taillant pas mes tomates, je me rapproche de la nature”

C’est joli, non ?

Qui pourrait contredire cette phrase?

Stop. Arrêtons un peu de vivre dans le monde des bisounours.

Vous savez, je suis un fervent partisan du jardin biologique. Sans engrais chimiques. Sans pesticides.

Je prône les méthodes de jardinage avec le moins de travail du sol possible. J’aime me nourrir de techniques issues de la permaculture.

Je suis à 100% d’accord pour s’inspirer au maximum des processus biologiques. Observer comment fonctionne la nature.

Mais, il y a un “mais”.

Quand je mène un potager, je ne fais rien de naturel.

Qui pourrait m’argumenter en quoi cultiver une plante sud-américaine, tropicale, dans un potager au climat tempéré, est “naturel”?

En quoi regrouper dans un petit endroit des laitues, des courgettes, des pommes de terre ou que sais-je, est proche de la nature?

Il y a souvent une extrapolation entre le désir d’être le plus respectueux de la nature et rapprocher son potager d’un hypothétique milieu naturel.

Nuance!

Voici une citation de Didier Helmstetter tirée de son livre “Réussir son potager du paresseux- un anti-guide pour jardiniers libres” qui résume bien mes pensées:

“Le potager du paresseux, je le redis, est un espace orienté par le jardinier anthropisé jamais la nature s’installerait, à l’endroit où je cultive, ce que j’y cultive. La question est donc juste de savoir jusqu’où on pousse le curseur de l’anthropisation.”

Tout est dit. Cultiver des légumes n’a rien de naturel.

Si votre souhait est de produire des tomates, en quantité raisonnable, il faudra mettre la main à la pâte et guider un minimum la nature, sinon c’est elle qui reviendra au galop.

A coup de mildiou, par exemple.

A vous de voir.

Bon, ben je fais quoi alors ?

Dans cet article, vous avez découvert les avantages et les inconvénients de la taille et la non-taille des tomates.

Finalement, vous avez compris que chacun a ses problématiques, pas vrai?

Regardez cette sympathique vidéo réalisée par Elie de la chaîne “Le Potager du bonheur”. Il a recueilli les avis de deux grands du potager sur internet, à savoir Damien Dekarz (permaculture agroécologie etc.)  et Olivier Puech (Le Potager d’Olivier).

Autrement dit, de belles références en jardinage sur la toile.

Leurs avis divergent, mais ils n’ont pas tous les même difficultés et les mêmes ressentis.

Tous ont un climat et un sol différent.

Vous aussi, repérez votre situation.

Allez, cadeau! Je vous fais un résumé, afin de faire VOTRE choix.

 Je taille mes tomates!Je ne taille pas mes tomates!Conclusion
PlaceCela prend moins de place: davantage de plants sur une même surface donc plus de variétés à testerPermet des cultures aux piedsIl faut de la placeImpact primordial pour un potager avec surface limitée
TuteurageFacilite le tuteurage basiquePeut vite être contraignant: nécessite plusieurs tuteurs et accroches.Si on n’est pas débrouillard, on préférera la taille.
Précocité de la récolteLes fruits apparaissent plus précocement sur la tige principaleRetard sur la récolte de certains fruitsCette question concerne surtout les régions à saison courte (régions froides ou sujettes rapidement au mildiou)
Temps consacré à la tailleTemps important si on possède un nombre important de plants de tomates  mais négligeable pour quelques piedsRien à faire, la paresse extrême! Mais compensé par le temps à tuteurer et une récolte de tomates plus complexeLes deux se valent
Effet sur le mildiou et autres maladiesLes grosses cicatrices peuvent engendrer des portes d’entrée. Impact moins certains pour des gourmands coupés dès leur apparition.Impact du feuillage dense dans des climats à risque d’humidité stagnante.Un buisson peut s’envisager sans problème dans un climat chaud et sec. 
Fruits obtenusDes fruits moins nombreux mais plus grosPlus de fruits mais plus petitsLa taille semble l’emporter sur ce point, à moins de vouloir absolument des grosses tomates

Pour faire dans la caricature: si vous aviez un tout petit potager en carré dans le nord de la France, au climat humide, préférez la taille.

Au contraire, si vous aviez un grand potager, sans limite d’espace, beaucoup de plants, dans un climat chaud, sec et avec une belle arrière-saison: je vous conseillerais de privilégier le “laisser faire”.

Vous l’aurez compris, pour mon cas personnel, je suis globalement plutôt adepte de la taille, mais ceci dit, je laisse parfois buissonner.

Eh oui! Je peux très bien faire un mix des deux, à savoir tailler sur les premiers centimètres, puis laisser pousser les gourmands plus en hauteur.

Peut-être êtes-vous encore perdu dans vos choix?

Relax.

Faites des essais dans votre potager. Taillez certains plants, et laissez buissonner d’autres.

Vous constaterez vous-même le résultat.

Ce que je souhaitais vous faire comprendre, c’est qu’il n’y a pas noir et de blanc, mais des nuances de gris.

Si vous taillez, sachez pourquoi vous le faites. Si c’est inutile, pourquoi le faire?

Ne dites pas seulement “il faut”.

Il vaut mieux parfois réfléchir que faire n’importe quoi!

Cet article vous a plu? Je vous serais très reconnaissant de me laisser un commentaire. Lachez-vous, c’est juste en bas, et pas besoin de laisser votre mail Et histoire de relancer la controverse auprès de vos amis, partagez sur votre réseau social préféré…

Guide gratuit de la tomate

Catégories : Culture

10 commentaires

Lhost Anne · 03/07/2020 à 11:17

Bonjour. Merci pour cet article très intéressant.

Viviane · 03/07/2020 à 12:26

J’ai opté pour une 3 eme solution, j’enlève les gourmands quand je les vois et que je suis là…quand je m’absente, ils ont tant grandi que je n’ose plus… donc c’est liberté surveillée dans la Sarthe, et pour le moment ça se passe bien. J’ai suivi vos conseils et pris des variétés précoces!
Merci pour vos mails, amusants et instructifs

François · 03/07/2020 à 5:15

Merci pour votre retour, c’est très gentil

François · 03/07/2020 à 5:18

C’est le principe des vacances : elles arrivent toujours quand les légumes pointent leur nez ! Mais ne nous plaignons pas… C’est vrai qu’on a de drôle de surprises au retour! Mais pour ce retour, j’espère que ces conseils vous aideront dans vos pratiques

Colpaert Christian · 05/07/2020 à 10:55

Bonjour. Article très bien écrit et avec pas mal d’humour ce qui rend la chose très sympathique.. je coupe des gourmands pour refaire des « tomatiers » et je suis en Bretagne.. mais j’ai une serre, je mets les gourmands en pot et je peux les rentrer dans la serre avec l’ espoir de voir mes dernières tomates mûrirent à l’abri..

jean-philippe berlemont · 07/07/2020 à 11:47

merci pour cette article qui ne fais que de me conforter dans ma méthode « le buisson » .
je suis de liège en Belgique. et je cultive mes tomates sous serre ( 8 X 3 m) c’est déjà pas mal comme espace. mon potager en tout fait 100m2.

François · 09/07/2020 à 11:00

Merci Christian pour ces remarques . Je constate beaucoup de culture sous serre , je n’ai pas d’expérience en la matière, mais force est de constater que les résultats ont l’air très probants ! Bonne idée cette histoire de gourmand sous serre …

François · 09/07/2020 à 11:02

Merci jean Philippe . Et oui la serre ça end la chose plus simple : buissons ! Je remarque que beaucoup de gens qui vantent les buissons sont d’ailleurs sos serre . Il n’y a que la question de l’arrosage à gérer

Gilles · 06/08/2020 à 12:14

Bonjour François,
C’est suite à un commentaire sur mon blog que je te fais une petite visite…
J’ai franchement beaucoup apprécié cet article, loin des « dogmes » à mon sens bien trop présents sur la toile… car en jardinage, comme tu le soulignes ici, il n’y a jamais une vérité absolue, mais des situations particulières.
Bon, pour en venir à ton sujet, personnellement, je ne taille plus du tout mes plants de tomates depuis des années, pour ma plus grande satisfaction. Mais comme toi, j’invite chacun a faire sa propre expérience.
Je précise que je cultive un grand potager (plus de 300 m² qui me fournit tous les légumes dont j’ai besoin pour l’année); je vis dans le sud Dordogne, une région très chaude et en général sèche en été…
Je n’ai pratiquement plus jamais de mildiou depuis que je ne taille plus. malgré un manque total d’aération (les buissons, très denses e proches, se touchent) alors que mes plants étaient fréquemment atteints lorsque je taillais encore (mais pour être objectif, les pluies deviennent de plus en plus rares chez moi en été…).
Et, bien que cela ne constitue pas une preuve scientifique en soit, cette année j’ai pu faire une observation intéressante : une petite branche secondaire s’est cassée (vent ? poids de la branche ? animal ?). Cette branche a été atteinte par le mildiou… ce qui semblerait confirmer le fait qu’une plaie, si petite soit-elle, ouvre la porte au mildiou (mais comme tu le dis, la « qualité » de la taille est également importante)… Bon, je l’ai simplement supprimée à la base (proprement, et par temps sec, ce qui est aussi important pour limiter les risques de mildiou si l’on taille…), et il n’y a eu aucune propagation, ni sur le reste du plant, ni sur les plants voisins.
Concernant la production, je produits facilement 2 ou 3 fois plus (en poids) sans tailler (une année, j’ai pesé toute ma production sur un plant de cœur de bœuf : 17 kg !!! alors que sur un plant taillé, 5 kg est déjà une très belle production). Je n’écarte finalement pas plus mes plants (je devrais, pour ne serait-ce que pour faciliter les récoltes…) et j’ai donc globalement une production bien supérieure sur une même surface.
Et les fruits récoltés peuvent être aussi gros (de quoi faire de belles tomates farcies) que sur un plant taillé… avec un calibrage moins régulier il est vrai (ce dont je me fiche en tant que jardinier amateur… et ce dont ce fichaient également mes clients lorsque je vendais ma production en direct – c’est le goût qui leur importait…).
Voilà pour mon petit témoignage, qui n’est que le reflet de mes observations dans une situation donnée… encore une fois, à chacun d’observer et d’en tirer ses propres conclusions.
Bonne continuation pour ton blog, et à bientôt (j’y reviendrai car ton ton et ton objectivité me plaisent beaucoup).
Amicalement,
Gilles

François · 06/08/2020 à 12:59

Merci beaucoup Gilles pour ce commentaire et cette expérience personnelle.
C’est très gentil de ta part de venir visiter mon humble blog. J’ai régulièrement l’occasion de surfer sur le tiens, qui, reconnaissons-le, est le fruit d’une expérience bien plus grande sur le jardinage. J’apprécie beaucoup ces informations que tu apportent sur la taille, qui viendront renforcer le choix des lecteurs. Je crois que le message à retenir est que la non taille est vraiment très alléchante, et prometteuse, et qu’il ne faut pas hésitez à la tester. On le constate par bon nombre de retours, sur Youtube, ou dsur facebook. Ton expérience sur le poids total de production est flagrante. Quant aux espacements, il y a ton climat à prendre en compte, c’est vrai. mais peut être d’autres facteurs de résistance de tes plants apportés par la qualité de ton sol, qui sait ? Je pense que je suis un peu excessif sur mon respect actuel des distances de tomates (c’est le réflexe de distanciation sociale actyuel!), je tenterai la saison prochaine une non taille totale. Mais je tacherai de faire une structure de tuteurage plus conséquente. Et je verrai bien! Merci beaucoup pour tes remarques sur le blog, c’est vraiment très encourageants pour continuer. Au plaisir

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