Améliorer son sol: 3 principes que j’ai décidé d’appliquer pour enrichir la terre de mon potager

Publié par François le

Vous faites grise mine.

Je le sais. Vous êtes déçu.

Ne me mentez pas, vous avez raté vos tomates. Vos courgettes sont mal au point.

Surement à cause de ce sol, vous dites-vous. Ce fichu sol.

Parce que votre terre n’est pas assez riche à votre goût. Trop dure. Ou trop sèche.

Peut-être qu’il n’y a rien à faire, que vous êtes tout bêtement tombé sur le mauvais numéro.

Une fatalité?

Vous êtes passé par toutes les phases: enthousiasme au mois de mai, espoir au mois de juin, désillusion au mois de juillet.

Misère.

Homme triste sous la pluie
Même bien arrosée, votre terre est une catastrophe

Laissez-moi vous dire une chose. Vous n’êtes pas seul.

Oh! J’en bave aussi, avec cette histoire de sol. Et je continue d’expérimenter. De le découvrir. Ne dit-on pas que l’on apprend de ces erreurs ?

Le sol tient un rôle primordial dans vos cultures.

Ce serait idiot de résumer vos échecs à votre sol. On oublie trop souvent d’adapter ses pratiques à son climat. Et ne niez pas vos grosses boulettes (ne pas arroser par exemple).

Mais quoiqu’il en soit, sans un sol riche, point de salut.

Pour améliorer le sol, il est indispensable d’en comprendre le fonctionnement. Ce serait bien complexe de vous en faire une description complète. Ce serait surtout bien trop prétentieux de ma part.

Dans cet article, vous allez découvrir trois principes que j’ai décidé d’appliquer dans mon petit potager sans prétention. Trois choix qui ressortent de mes lectures, de ma compréhension des mécanismes biologiques, de mes loupés, de mes expériences.

Trois concepts qui pourraient vous faire changer votre vision du potager.

Je vous explique pourquoi et comment vous pouvez les appliquer chez vous dès maintenant.

Nourrir les organismes du sol (pas les plantes)

Vous avez peut-être eu la tentation d’étendre des engrais dans votre potager

Ne me mentez pas, quand vous avez vu vos courgettes battre de l’aile, peut être-y avez-vous songé ? Allez … même pas un petit coup de boost?

Quand j’ai débuté au potager, j’avais l’image simpliste de la plante qui absorbe l’eau et des nutriments du sol.

Le reste ? De la terre….

Je reconnais : c’est une vision plutôt limitée. C’est mal connaître le sol que de le restreindre à un simple support.

Vous savez qu’avec ce raisonnement, on peut vite tourner à l’extrême?

Considérez le pied de tomate que vous avez planté cette année dans votre potager  Si le sol n’est qu’un support, et que votre tomate ne pousse pas, c’est probablement qu’il lui manque les nutriments nécessaires.

Alors pourquoi ne pas simplement compenser ce déficit en apportant ce qu’il faut sous forme d’engrais minéraux du commerce?

Le pire, c’est que ça marche.

Je vais vous expliquer ce qui se passe en réalité. Dans un système de ce type, votre tomate vit littéralement sous perfusion.

Et vous, vous êtes totalement dépendant de vos produits, comme des cyclistes de l’équipe Festina.

Tour de France

Bon. On reprend quelques bases?

Votre tomate, un colosse au pied d’argile

Je dois l’avouer, votre plante est vraiment géniale.

Elle arrive à fabriquer sa matière organique sans l’aide personne (ou presque!)

Votre tomate est dotée d’un pouvoir presque surnaturel.

Le mot magique? Photosynthèse.

Vous connaissez surement ce phénomène biologique. Vous avez dû l’apprendre un jour à l’école, ou tombé sur son principe expliqué par Jamy dans son gros camion.

Tout se passe dans les feuilles, grâce à la chlorophylle :

“Je pioche du CO2 de l’air, de l’eau du sol, et je recrache de l’oxygène”

Ça c’est pour les échanges. Mais au fond, à quoi ça sert ?

Schéma de la photosynthèse
La photosynthèse hypersimpliste (Source: Wikipedia)

A l’aide de ses panneaux solaires que sont ses feuilles, votre pied de tomates réussit l’exploit de fabriquer des molécules organiques. Des sucres.

Bref, de l’énergie en barre.

Nous faisons bien pitié, nous, pauvres animaux en comparaison à votre tomate. Obligés de nous gaver de végétaux ou d’animaux pour nous fournir en énergie.

Sous ces airs d’héroïne Marvel aux pouvoirs extraordinaires, votre jolie plante présente pourtant un talon d’Achille.

Votre tomate a obligatoirement besoin de puiser autre chose que l’air de l’atmosphère et l’eau du sol.

Et c’est là que tout va prendre sens dans la vision de votre potager. Vous allez comprendre.

Les minéraux, le péché mignon

De quoi parlons-nous? Vous en avez sûrement entendu parler. C’est ce qui est indiqué sur les boites des engrais chimiques: azote, phosphore, potassium … et j’en passe.

Ce sont des éléments sous formes minérales.

Pour faire simple, dans la nature, faites le distinguo entre les molécules organiques plutôt complexes, des éléments plus simples, minérales.

2 à 3 % seulement de la biomasse d’une plante est issue du sol. Trois malheureusement pourcents.

Peanuts d’un point de vue quantitatif.

Et pourtant.

Elle y tire des éléments indispensables pour sa vie et sa croissance de la plante.

Si on brosse le tableau global, la plante tire ses éléments constitutifs en majorité de l’air et de l’eau. Elle en pioche trois composants : Carbone, Hydrogène, Oxygène.

Mais sur le plan qualitatif, elle s’en remet au sol.

Une histoire de fou. Regardez l’azote: il représente 78% de notre air. Ce n’est pas rien. Votre tomate baigne donc littéralement dans de l’azote, n’est-ce pas ?

Pourtant elle n’arrive pas à l’assimiler sous cette forme…

C’est plutôt ballot, non?

Alors votre tomate doit se tourner vers le sol.

Votre tomate est donc une junkie dépendante du sol. Et pour être précis, elle a besoin de fournisseurs de minéraux.

Pour comprendre comment faire pousser votre plante chérie, vous devez connaitre qui sont ses dealers.

Les bactéries, maîtresses du trafic

Ce sont elles les revendeuses.

Qui l’eut cru? Des organismes microscopiques, invisibles à l’œil nu, sont indispensables à la vie de votre plante.

Sans ces microorganismes, vous n’auriez pas ces jolies Cœurs de Bœuf dans votre assiette au mois d’août.

Cela fait réfléchir.

En fait, les bactéries n’agissent pas seules. Elles interviennent dans la phase ultime d’un incroyable processus de décomposition de la matière organique dans le sol, qui fait intervenir des milliers d’organismes vivants.

Une véritable faune. Si vous étiez la cible du laser de “Chérie J’ai rétréci les gosses” et étiez réduit à la taille d’un millimètre au pied de votre tomate, vous pourriez vous croire au zoo de Beauval.

Les organismes du sol sont d’une incroyable diversité.

Des gros vers de terre, aux bactéries et champignons microscopiques, en passant par les multiples insectes décomposeurs, leur complexité justifieraient un bouquin entier.

Tout ce beau monde a un but: décomposer la matière organique pour se nourrir, et apporter des minéraux aux plantes.

On peut même parler d’une usine géante.

D’une entreprise.

Cette analogie m’est venue en lisant le bouquin de Gilles Domenech “Jardiner sur sol vivant” Un indispensable de tout bon jardinier curieux de comprendre le sol et des techniques de jardinage au naturel. Il aussi un blog.

J’ai emprunté son image d’entreprise en l’adaptant à ma sauce…vous verrez.

Reprenons cette histoire d’usine pour que vous compreniez comment marche votre potager.

Votre sol, une usine de décomposition

Vous êtes le président directeur générale de l’entreprise “SOL and CO”.

Félicitations!

Comme toute bonne entreprise, sa raison d’être est la suivante : rendre service à ses clientes.

Vous savez qui? Les plantes, bien sûr.

Cela tombe bien, il y a un paquet de végétaux dans votre potager. Notamment votre fameux pied de tomate.

La mission de SOL and CO est de fournir les minéraux essentiels à ces clientes.

On leur ôte une sacrée épine du pied. Ou plutôt des racines.

Pour parvenir à son objectif, l’usine a besoin d’ouvriers, de locaux et de matières premières.

Les ouvriers, ce sont tous ces travailleurs de l’ombre que je vous ai cités. Ils parviennent à décomposer. L’un après l’autre. Chacun trime à son poste dans cette grande chaîne de production.

Monsieur Collembole perfore la feuille, puis Monsieur Cloporte la découpe… jusqu’à Madame Bactérie qui provoque la dégradation finale.

chaine d'usine
Décomposons !

En parallèle, ces ouvriers réaménagent et consolident leur lieu de travail.

Car tout le monde sait que pour être productifs, des ouvriers ont besoin des conditions de travail décentes.

Il faut dire que la terre de votre potager est très compacte. Un jour, Madame Bactérie aérobie s’est même plainte au syndicat.

“On étouffe ici!”

Elle a vu des milliers de ces collègues mourir par manque d’oxygène la saison dernière.

“On court à la catastrophe !” a-t-elle proclamé. Mais c’était sans compter sur le travail de milliers de salariés, qui allaient résoudre le problème.

Certains ingénieurs spécialisés se mobilisent sur la problématique de l’aération: les vers de terre, énormes tunneliers, creusent des galeries géantes au sein de la zone industrielle.

Dans les profondeurs de votre potager, ces laboureurs se prennent pour le Baron Haussmann.

Ver de terre
Les vers de terre aèrent et mélangent

Cela a du bon: tous les salariés se sentent à l’aise, et respirent enfin. Sans parler des clientes les plantes, qui se font un plaisir de dérouler leurs longues racines à travers la terre.

Car un client heureux et un client qui paye, nous allons le voir.

D’autres ouvriers consolident les murs fragiles. Peu à peu, les colles biologiques qu’ils forment rendent la structure stable.

Vous avez déjà vu une belle terre de potager? Elle ressemble à du couscous, sans les merguez.

Des agrégats se forment, la terre est grumeleuse. C’est le signe d’une forte richesse en matière organique et d’un sol vivant.

Qui plus est, tout ce réaménagement améliore la rétention d’eau dans le sol. Et ça, les plantes aiment bien.

“Rien à voir avec le passé. Il n’y a plus d’éboulements. Nous avons enfin des stock d’eau” se dit Madame Bactérie aérobie. “Mais on pourrait faire mieux”,

Décidément, celle-là, elle n’est jamais contente.

Elle réclame plus de matières organiques. Sinon, elle menace de faire grève. Les ouvriers de la confédération générale des Champignons sont également remontés.

Après tout, les matières organiques font défaut, et c’est leur nourriture. Pas de repas, pas de travail. Il va falloir leur en fournir.

Comment votre entreprise gagne-t-elle sa vie ?

L’entreprise du sol ne fait pas tout ce travail pour des queues de prunes. Tous les ouvriers sont gagnants car ils piochent l’énergie contenue dans les matières organiques.

Mais d’où viennent tous ses “fonds financiers” ?

Comme toute entreprise: des clientes. Donc des plantes. Ça coule de source.

Aboule l'argent
C’est la plante qui paye

En y regardant bien votre entreprise tire ses matières organiques de trois mécanismes de la plante.

Premièrement: la chute des parties aériennes. C’est le plus évident. Tout ce qui forme la litière de surface.

Par exemple, les feuilles du bas de vos tomates qui ont tendance à sécher. Ou plus radicalement  les feuilles mortes de votre arbre en automne sur votre beau gazon, que vous avez tant de mal à ramasser.

Deuxièmement: la mort des racines. Eh oui, votre tomate meurt à l’automne. Mais ces racines se décomposent et laissent de quoi nourrir la masse salariale de votre entreprise.

Enfin, la rhizodéposition (de rhizo: racine), un troisième mécanisme, qui est plus complexe à comprendre. Pour faire simple, la plante sécrète directement des composés organiques qui sont libérés au niveau des racines.

Votre plante offre en moyenne un tiers du carbone qu’elle fixe dans l’air au sol: c’est considérable!

Bref, de manière directe ou indirecte, le deal entre la plante et l’entreprise sol est donc toujours le suivant : “Je te fournis à manger. En contrepartie, tu me te fournis des minéraux. Ça roule ?”

C’est donnant-donnant.

Tout ce processus aboutit au final à la libération par les bactéries de ces fameux minéraux qui serviront à nourrir votre pied de tomate.

On l’appelle ce mécanisme la minéralisation: la transformation de ces molécules organiques en molécules minérales simples, assimilables par votre plante.

Car rappelons le, la plante est incapable de se nourrir directement de molécules organiques. Elles sont trop complexes.

C’est comme si le sol mixait les aliments pour le repas des plantes. Un peu comme à des pensionnaires d’une maison de retraite.

Vous voulez nourrir directement un légume au potager? Apportez-lui bêtement des engrais minéraux, tout simplement. Vous court-circuiterez tout le boulot des organismes du sol.

On refait une blague sur le Tour de France ou on cherche une alternative?

Dans cette façon de faire, votre entreprise est vouée à la faillite. Vous ne nourrissez pas les organismes du sol, vous perdez votre force de travail.

Si on ne nourrit pas un sol, il meurt progressivement.

C’est aussi simple que ça.

Oubliez la pensée : ”je dois nourrir mes légumes”. Optez pour le principe: “je dois nourrir les organismes du sol”

Comment apporter le nécessaire à vos travailleurs?

Vous voulez apporter de la matière organique ? Travaillez sur les 3 sources que j’ai citées. Voici quelques pistes que je pratique dans mon potager.

En fin de culture, au lieu de retirer les restes de cultures, et de les jeter à la déchetterie laissez-les en place, sur le sol.

Compostage de surface
Dans ce bac à aromatiques, la sauge envahissante nécessitait un bon coup de ciseaux . Au lieu de jeter les coupes, je les laisse à même le sol en décomposition, le temps d’une future plantation.

Laissez compostez sur place. Apportez des déchets verts que vous auriez naturellement retirés de votre jardin. Les feuilles mortes, les tontes d’herbe …. Ou vos déchets de cuisine.

Ayez le réflexe de ne pas arracher les racines de vos plantes. Coupez la tige à ras et laissez en place: la faune se délectera de ces racines à décomposer.

Et naturellement, comme c’est la plante qui “nourrit” le sol, cultivez le maximum de végétaux. Des engrais verts peuvent être une idée.

En apportant à manger, les ouvriers afflueront comme les au temps de la Révolution industrielle.

Et laissez faire. Déléguez. Ils sauront mieux que vous travailler le sol de votre potager.

A condition de respecter leur travail. Nous allons voir cela toute de suite.

Réduire le travail du sol

Mois de mars: les premiers rayons du soleil printanier vous réchauffent le cœur. Les jonquilles sortent. Les prospectus de jardineries affluent dans votre boite aux lettres.

Vous êtes bien faible face à la tentation…

C’est décidé: vous allez débuter un potager.

Il va falloir jouer de l’huile de coude pour préparer votre parcelle avant la culture. Désherber. Ameublir. Décompacter votre terre. L’aérer.

Et vous avez quelques références en la matière : vous avez observé attentivement les cultivateurs de l’Amour est dans le Pré qui flirtent à bord de gros tracteurs : ils labourent leur terre.

Bon, vous n’avez pas les engins de ces agriculteurs…

Mais au moins, vous avez l’embarras du choix en ce qui concerne les bêches du rayon de Jardiland. Peut-être qu’un jour, si vous élargissiez votre potager, vous pourriez envisager le motoculteur pour éviter tout ce travail pénible?

Sueurs, et grosses gouttes coulent sur votre front. Mais la terre est enfin décompactée.

Vous pensiez que le travail était fini, mais que nenni!

A vous tout le boulot pendant la culture. Vous découvrez les joies du sarclage (désherber entre les cultures des mauvaises herbes), du binage (gratouiller la terre pour casser la croûte superficielle et limiter l’évaporation).

Pfff, ça en fait du travail du sol… Surtout que tous ces gestes semblent bien nécessaires au premier abord, donc “obligatoires”.

Plutôt démoralisant pour débuter, hein ?

Si je vous disais que bon nombre de ces travaux sont inutiles? Ou que ce travail pourrait au moins être réduit en grande partie?

Ça pourrait surement vous intéresser.

Cela a été une évidence dès mes débuts. Surement par fainéantise.

Le déclic a eu lieu au détour de la lecture des articles du site Potager Durable de Nicolas Larzillière . De fil en aiguille, je découvre le livre de Dominique Soltner “Le guide du nouveau jardinage”.

Guide du nouveau jardinage
Un nouveau jardinage pas si nouveau que ça… encore peu pratiqué

Révélation. Ce livre richement illustré et adapté au potager m’a ouvert les yeux sur le non-travail du sol.

Vous devez vous demander pourquoi diable devrait-on remettre en cause des dogmes aussi évidents que de travailler le sol ?

Et comment puis-je oser reconsidérer le travail du jardinier méticuleux qui se casse le dos depuis des décennies ?

La première question à se poser est surtout: pourquoi travaille-t-on le sol ?

L’intérêt de travailler son sol

Un des avantages quand on pense travail du sol, c’est pour les semis.

On aime casser les mottes, ameublir et affiner pour obtenir un “lit de semence” pour ses petites graines adorées.

Là-dessus, je n’ai pas grand-chose à rétorquer. Et au moment où j’écris cet article, je poursuis ce travail superficiel au moment des semis de petites graines.

Ceci-dit, un des soucis avec certaines terres, c’est qu’à la moindre pluie, tout le travail est foutu en l’air. Avec le phénomène de battance, la terre en surface devient dure comme du béton, et les graines ne germent pas.

C’est un peu mon cas, avec ma terre limoneuse. Et peut-être le vôtre.

Un autre argument du travail du sol est de favoriser le passage des racines de plantes.

Là encore, je dis oui, si votre terre de départ est très compacte. Mais certains jardiniers, comme Didier Helmstetter (auteur du livre “Le Potager du Paresseux”, mon autre livre de chevet, et à l’origine d’une chaine Youtube ), affirmeront qu’il n’y a pas toujours besoin d’une terre meuble pour qu’une plante pousse.

Le potager du paresseux
Ça vous fera un troisième livre à vous faire livrer par le Père Noël…

C’est surement vrai. La preuve: regardez les mottes pressées pour la production de plants. C’est un terreau mouillé et pressé, sur lequel est déposée une graine.

L’autre principal intérêt que le jardinier tire du travail du sol est d’aérer et donc oxygéner la terre.

Ça parait logique au premier abord: on apporte de l’air, donc l’oxygène à nos travailleurs du sol qui y prolifèrent.

“Ben alors? C’est plutôt bon pour les organismes du sol donc pour notre potager. Pourquoi tu nous casses les bonbons? Je commence à en avoir marre de cet article à n’en plus finir! ”

Alors oui: l’aération fait entrer l’oxygène et cela favorise la minéralisation de la matière organique.

Mais dans ce cas précis, ce n’est pas un bol d’oxygène qu’on apporte, mais un volume énorme!

Un véritable afflux d’oxygène, rien à voir avec l’équilibre délicat habituel.

C’est d’ailleurs l’effet recherché: lorsqu’on laboure et qu’on cultive aussitôt, une grosse quantité de minéraux sont disponibles aux plantes.

Le souci dans cette histoire, c’est que l’on “brûle” une part importante du stock de nutriments du sol: l’humus.

Ah oui, tiens, on n’en a pas parlé. Vous avez encore un peu de temps de cerveau disponible?

L’entreprise SOL and CO aime l’investissement à long terme.

Votre petite entreprise ne connaît pas la crise. Quand les clientes sont là, bonjour les liquidités immédiatement disponibles. Et minéraux à profusion.

Mais il est toujours bon de faire quelques placements et se constituer une petite trésorerie en cas de coup dur.

C’est là qu’intervient l’humus.

Il est parfois difficile d’en faire une définition exacte, mais pour faire simple, c’est l’ensemble des matières organiques du sol, invisibles à l’œil nu, ayant subi de telles transformations que l’on ne peut pas reconnaître leur origine (est-ce une feuille ? du foin?)

C’est surtout une forme de stockage d’énergie pour vos ouvriers. Ils pourront la consommer au fil du temps.

Un peu comme des stocks de nourriture que vous auriez mis dans votre congélateur pendant l’hiver.

Libérer des minéraux à partir de ce stock, c’est encore de la minéralisation. Mais avec l’humus, le cycle est plus long : plusieurs mois voire plusieurs années

On parle de minéralisation secondaire.

Pour résumer : minéralisation à des matières organiques fraîches = minéralisation primaire. Minéralisation à partir de l’humus : minéralisation secondaire.

Schéma sur la minéralisation

En travaillant trop le sol, vous mettez votre entreprise… sur la paille

Vous ne comprenez toujours pas où je veux en venir avec ce “non travail” du sol de votre potager?

En travaillant de manière trop brutale le sol, vous allez entraîner un apport massif d’oxygène, qui dégradera l’humus du sol.

C’est comme si vous aviez laissé ouverte la porte du congélateur. Vos morceaux de viande décongèlent devant vos yeux. Vous voilà obligé de les consommer dans les jours qui suivent.

Ça peut être de bonne augure si vous aviez envisagé un banquet de famille le week end à venir. Un peu moins si vous êtes seul à la maison devant l’Amour est dans le Pré (décidément, c’est une habitude?).

Idem pour un labour au mois d’automne sans aucune culture dans la foulée. Une bonne partie des minéraux libérés vont fuir dans les nappes phréatiques.

Vous perdez toute la trésorerie de votre entreprise. Vous jetez l’argent par les fenêtres.

Argent par les fenetres

Plus de nourriture pour les ouvriers? Encore une fois, votre entreprise est vouée au redressement judiciaire.

Respectez un peu les ouvriers et leur travail

Est-ce que vous avez pris la peine d’admirer le travail qui a été fait?

Ne jouez pas au plus doué. Honnêtement, c’est leur boulot, et ils le connaissent mieux que vous.

Un bêchage? Ce sont tous les systèmes ingénieux d’aération mis en place depuis des mois qui sont totalement anéantis. Un véritable séisme.

Les couches sont bouleversées: Bernadette de la comptabilité du 8e se retrouve soudainement aux archives au sous-sol.

En plus de réduire tous les locaux de votre usine à un champ de ruine, vous anéantissez les conditions vitales des organismes du sol, qui passent l’arme à gauche.

Ainsi, si vous êtes adeptes du retournement, les bactéries aérobies sont englouties dans les tréfonds de votre sol n’ont plus d’oxygène. Elles succombent.

Vous brisez les filaments de vos champignons, véritables prolongement des racines des plantes.

Si vous utilisez des lames tranchantes d’un motoculteur ou même d’une bêche plate, vous réduisez le sort de vos vers de terre à celui des révolutionnaires au temps de la Terreur.

Un triste bilan, pour chef d’entreprise soi-disant respectueux de ses ouvriers.

Bèche
Cette bêche est très utile pour faire un trou. Mais elle peut se révéler être une excellente guillotine…

Quelques pistes pour faire mieux

Ne cassez pas tout comme un sauvage.

Prenez quelques bonnes habitudes simples à mettre en place.

Vous avez bien compris: ne retournez pas la terre, ne jouez pas au plus malin avec votre motoculteur. Contentez-vous d’aérer avec des outils à dents. Si vous devez vraiment faire un travail de fond traumatique, faites-le une bonne fois pour toute au départ. Puis stop, on n’en parle plus.

Autre point, délimitez vos zones de cultures et interdisez-vous de marcher dessus. Je sais que vous avez fait des efforts avant l’été pour perdre quelques kilos pour la plage, mais votre poids reste énorme pour cette délicate usine qu’est le sol.

Un pas, c’est un compactage de plus. Un peu comme si, dans votre recettes de mousse au chocolat, vous écrasiez des blancs en neige. Créez des allées dédiées à vos déplacements.

Vous avez encore un peu de temps pour lire la suite? Le troisième principe va faire le pont entre les deux premiers.

Couvrir le sol

Oh le beau potager.

C’est surement ce que vous vous êtes dit en visitant le jardin du vieux monsieur d’en face.

Il faut dire que c’est du propre.

Des tomates disposées en rang d’oignons. Pas une herbe entre les pieds. Un œillet d’inde de temps en temps, tout de même, histoire de dire.

Il faut dire que Papy s’empresse de retirer toute mauvaise herbe avant d’avoir eu le temps de dire ouf.

Sans parler du binage qui lui a valu un lumbago l’année dernière. Eh oui : après les pluies, le soleil tape et forme une croûte en surface.

“Je n’ai pas le choix”

Le sol est nu comme un ver.

Tous les soirs, c’est arrosage obligatoire. Le propriétaire des lieux amplifie le phénomène de croûtage.

Ah! La retraite, ça a du bon, n’est-ce pas ?

Le Papy est fier. Il a de quoi : en toute honnêteté, vous seriez jaloux de ces récoltes. Ne dénigrons pas ses résultats (ce jardinier a acquis en parallèle une expérience en béton)

Mais au prix d’un beau boulot chaque année.

Vous vous êtes promis une chose: limiter le travail du sol.

Mais comment gérer ce sol qui croute au soleil et empêche l’eau de s’infiltrer?

En y réfléchissant bien, votre intuition vous dicte que Papy aurait dû pailler certaines de ces cultures. Avec de la paille, ou encore du foin. De la tonte sèche de gazon peut être.

Vous l’avez vu dans des  vidéos Youtube.

Cela permettrait de réduire l’arrosage des tomates ou des courgettes par exemple. C’est d’ailleurs ce que j’ai recommandé dans les deux articles du blog à ce sujet :

Comment bien planter des tomates: 10 étapes simples pour maximiser votre production

Cultiver des courgettes: 9 erreurs idiotes à éviter absolument

Vous avez vu juste.

C’est ce que j’ai mis en application très rapidement au potager quand j’ai débuté, avec cette idée de maintenir l’humidité du sol.

Carré de fraisiers sous broyats
Dans mon potager, chaque recoin est paillé. Ici, des broyats de bois, bien adaptés pour les fraisiers. Ils limitent la perte d’eau et protègent les fruits du contact du sol.

C’est ce que pensent bon nombre de jardiniers. Ils réduisent le paillis à cette question d’eau.

En réalité, couvrir son sol a bien d’autres intérêts.Ca vous dirait d’abord qu’on liste les avantages du paillage pour votre cher voisin ?

Quelques avantages à couvrir le sol

Conserver l’eau

On vient de le dire: on limite l’évaporation depuis le sol. Papy a beaucoup moins besoin de sortir son tuyau d’arrosage. Il économise son eau.

Attention ! Je n’ai pas dit qu’il n’arroserait plus du tout. Nuance. Ne me placez pas au rang des vendeurs de rêves. Il RÉDUIRA ses arrosages.

Le paillage limite la perte d’eau du sol aussi pour les organismes du sol. Vos ouvriers travaillent comme des bêtes, et ont besoin d’eau pour vivre, eux aussi.

Désherber

En couvrant le sol, on éteint la lumière. Pas une graine du sol ne va tenter de sortir la tête. En les privant de lumière, Papy empêche la levée des graines de “mauvaises herbes”. Fini le sarclage.

Autre intérêt si vous débutez un potager sur une zone enherbée? Couvrir le sol de manière opaque: sans lumière, pas de photosynthèse, l’herbe meurt. Vous nettoyez votre future zone de culture.

Protéger le sol contre la pluie

Avec un paillage, la pluie ne tombe pas directement sur la terre. La pluie, ou l’eau issue du tuyau de Papy chaque soir ne va pas ruisseler sur le sol. Elle s’infiltre.

Et ça, ça change tout!

Le paillage joue le rôle d’un abri anti-aérien qui le protège des bombardements de gouttes d’eau.

Fini l’effet de croutage superficiel qui apparaît à chaque coup de chaud.

Battance
Voilà à quoi ressemble un coin de mon jardin mis à nu: au moindre coup de chaud, une croûte se forme.

En plus, sur son sol en pente, Papy a constaté que la pluie entraîne une bonne partie de la surface de son sol. C’est tout la fertilité de son jardin qui part dans le fossé!

Quel gâchis.

Avec un paillage, pas de phénomène d’érosion. ,

Fertiliser

En apportant de la matière organique, la décomposition aboutit à la minéralisation. Autrement dit, des nutriments assimilables pour vos plantes. Un bon moyen d’apporter de quoi les faire grandir à court terme.

On vient de citer quelques-uns des actions d’un paillage. Ceux généralement retenus dans le potager traditionnel. Et que vous avez peut-être déjà mis en place.

Un bon point.

En fait, quand on parle paillage, on décrit couramment le paillage d’été, celui que l’on place APRÈS avoir planté.

A vrai dire, il y a paillage et paillage.

Celui que je souhaite mettre en avant dans mon potager est le paillage PERMANENT. Celui que l’on place AVANT la culture.

Le bon et le mauvais chasseur ?

Mais non! Je ne dénigre pas le paillage d’été. Je désire juste vous faire comprendre que vous pouvez encore élargir votre vision de cet outil qu’est le paillage dans votre jardin.

Sortez couvert, même l’hiver.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

L’idée est de placer un paillage organique bien en amont de la saison de culture.

Bref, pour des jardiniers débutants qui se cantonnent à des cultures d’été : déposer un paillage en automne.

Le paillage restera en place tout l’hiver. Son but est simple: préparer votre sol. Et l’amender.

En apportant un couvert de matière organique adapté, vous apporterez le couvert à vos ouvriers. Ils débuteront doucement la décomposition, qui s’amplifiera au printemps, à mesure du réchauffement.

L’activité de l’entreprise SOL and CO sera en pleine croissance et fidèle à sa satisfaction client: vos plantes adorent.

Vos vers de terre se régalent, brassent la terre, l’aèrent, la mélangent.

De l’humus se forme.

Et qu’a-t-on dit sur l’humus ?

Il permet de stabiliser la structure du sol : plus aéré, les plantes y développent leur racines.

Il améliore la capacité du sol à retenir des quantités énormes d’eau, comme une éponge. Tout bénef pour amplifier le phénomène de conservation de l’eau lié à tout paillage.

Il libère des minéraux au fur et à mesure (minéralisation secondaire) : encore un moyen d’apporter des minéraux au plantes mais cette fois-ci de manière progressive.

Paillages
Foin et broyats de feuilles mortes déposé en fin d’automne

Je pourrais aussi vous citer d’autres avantages d’un paillage en hiver: limiter la perte d’azote (fuite des nitrates), protéger des organismes du froid.

Mais je commence à voir l’heure tourner, et j’ai peur que vous ayez d’autres choses à faire, comme regarder des agriculteurs à la télévision.

On résume.

Comment puis-je associer les deux préceptes que j’ai expliqués dans les deux paragraphes précédents, pour à la fois nourrir les organismes et limiter le travailler le sol?

Je vous le donne en mille : en apportant une couverture de matière organique végétale qui nourrira vos ouvriers.

Dans ce potager en “sol vivant”, le paillage que vous apportez n’est ni plus ni moins qu’un outil de travail du sol.

Vous comprenez?

C’est bien joli mais je dépose quoi ?

La question de la nature du paillis est primordiale.

Paillage ne veut pas nécessairement dire paille. Vous pouvez penser à des feuilles mortes. Du foin. Des broyat de bois.

Pommes de terre sous gazon
Culture de pommes de terre sous tontes de gazon. Attention à ce genre de matériau en couches épaisses : l’herbe risque de fermenter.

Ce serait trop simple si on pouvait déposer n’importe quel paillis dans n’importe quelle condition. Mais à vrai dire, chacun ont leurs avantages et inconvénients.

Certains se rapprochent plus de fertilisants, c’est à dire qu’ils nourrissent plutôt les plantes à court terme. Mais se dégradent rapidement.

D’autres au contraire améliore le sol, ce sont des amendements: ils favorisent la formation d’humus stable.

Certains sont situés entre les deux, équilibrés.

Parmi eux, le foin a le vent en poupe. L’argumentaire du Potager du Paresseux est très alléchant.

Carré potager sous foin
Ce carré potager sert de cadre pour déposer du foin à même le sol non travaillé. En mai, les tomates s’y plaisent bien.

Pour autant, il n’y a jamais de noir ou de blanc, mais des nuances de gris. Même si les autres paillages ont leur inconvénients, ce ne veut pas dire qu’ils sont mauvais et à bannir.

Ils peuvent très bien convenir à condition de connaître leurs limites. Et de compenser leurs faiblesses.

L’idéal consiste bien évidemment à récupérer les déchets disponibles dans votre jardin, pas vrai ?

Il y aurait tant de choses à dire à ce sujet. Laissez-moi vos questions ou partagez vos pratiques dans les commentaires de cet article, pour que l’on puisse en discuter plus en détails. Faites-vous déjà du paillage ? Quels sont vos résultats ?

Conclusion

Voilà. Je vous ai présenté trois grands principes que j’ai décidé d’appliquer dans mon modeste potager.

Couvrir, Nourrir, Réduire

Couvrir d’un paillage adapté. Nourrir les organismes du sol qui le travailleront. Et réduire le travail.

Je n’ai pas dit que ce serait facile. Nourrir les organismes du sol nécessite un boulot non négligeable: celui de trouver des matières organiques. Pour un petit potager comme le mien, c’est envisageable. Pour une grosse surface, c’est plus problématique de trouver du paillage en quantité suffisante.

Je n’ai pas dit que c’était parfait non plus. Avec un paillage, le sol se réchauffe plus lentement et retarde certaines plantations. C’est la fête aux limaces qui adorent ce milieu. Et il complique le semis de petites graines.

Je n’ai pas dit que c’était miraculeux. Réduire le travail du sol à néant? Un jour peut-être. Mais pas tout de suite.

A vrai dire, tout dépend de votre sol de départ. Avec un sol compacté, sans aucune plante depuis des années, n’espérez pas un miracle, ou allez allumer un cierge à Lourdes.

Il faudra probablement d’abord apporter de la vie avant d’envisager de réduire le travail. Eh oui: avant de déléguer, il faut des ouvriers ! A vous de mettre un peu la main à la pâte en décompactant tout ça une première fois, pour aider les vers de terre à se joindre à la fête.

Ne soyez pas trop extrémiste. Commencez petit à petit. Bannissez d’abord des pratiques inadaptées comme le retournement et le motoculteur. Essayez de réduire le travail à une seule fois dans la saison, en utilisant des outils qui aèrent sans trop bousculer le sol.

A mesure des apports et de l’amélioration, de votre ressenti, de vos expériences, vous mettrez probablement la grelinette au placard.

Il faudra être patient, saison après saison.

Vous êtes septique? Tentez l’expérience, même sur une petite zone de votre potager : ça ne mange pas de pain. Et faites-moi part de vos résultats en commentaire.

Comme le dit Didier Helmstetter “Soyez un éleveur de vers et d’autres organismes du sol”.

Vous aurez des échecs. Des déceptions  c‘est possible. Même très probable. Mais imaginez-vous dans un an. Dans deux ou trois ans peut être.

On vous aura regardé avec des airs d’extraterrestre. Les autres auront travaillé sans relâche avec leur bêche et binette. Sans savoir que leur sol se transformait petit à petit en désert. Sans vie.

De votre côté, vous aurez développé une magnifique terre de potager.

Et cette fois-ci, croyez-moi, vous pourrez être fier de votre sol.

Catégories : Techniques

8 commentaires

Bernard · 06/06/2020 à 11:35

Bonjour. Je pratique déjà plus ou moins ces techniques, et c’est vrai que cela fait moins de travail de retournement (grelinette préférée), et de binage, désherbage, grâce au paillage. En plus, cela apporte de l’engrais.
Auparavant, je faisais mon petit compost composé principalement des déchets ménagers, (les tontes de gazon étant réservées au paillage). Lorsque je déplaçais mon compost partiellement mûr, j’y trouvais plein de vers de terre, alors qu’il y en avait peu au potager… Et il fallait encore retourner une ou plusieurs fois le compost pour l’avoir complètement mûr, mais alors il y avait moins, ou plus du tout de vers (car plus de nourriture).
Cette année, j’ai décidé d’enfouir au fur et mesure au potager ce qui qui était destiné au compost, soit environ un sceau de 10 litres par semaine, à chaque fois dans un petit trou creusé à la bêche à un endroit différend… De cette façon, la nourriture va directement aux vers de terre, et il n’est plus nécessaire de retourner plusieurs fois ce compost.
PS : j’ai préféré enfouir plutôt que laisser en surface, afin de ne pas attirer les rongeurs.
Dernier commentaire : par le passé les jardiniers étendaient à l’automne du véritable fumier (d’ovin, ou de bovins, ou autre), sur leur potager, lequel se décomposait tout l’hiver…
Que pensez- vous de ma nouvelle pratique (enfouissement direct) ?

François · 06/06/2020 à 3:33

Bonjour Bernard; merci beaucoup de partager votre expérience. Pour ma part, je pense que le recyclage des dechets verts doit se porter à terme de plus en plus vers le paillage direct, soit des plantations, soit des platebandes de fleurs ou arbustes. Et en parallèle, la création d’un compost pour tout ce qui est excédentaire. Comme cela, le compost mur est utilisé de manière ciblé sur quelques plantations, ou pour rebooster quelques vivaces de temps en temps. La technique à adopter dans le long terme est donc une forme de compostage de surface, que j’expose ici, à savoir utiliser la matière brute pour qu’elle nourisse directement les organismes du sol et au passage qu’il le travaille. Le compostage en bac ou tas a l’inconvéniant de perdre beaucoup d’énergie qui aurait pu etre utilisée justement dans le potager. Mais inversement, le compost produit est un bon fertilisant, donc engrais, à action relativement rapide pour les plantes. Dans votre cas, vous avez bien compris : une fois les compost mur, certains organismes comme les vers disparaisent, le buffet est terminé … Attention, les vers que vous observez dans votre compost sont des vers rouges. Ils n’ont pas la même action que les vers de terre qui mélangent votre sol et l’aérent en profondeur. Il n’y avait donc pas forcement d’intéret énorme à les récupérer pour votre potager. L’autre question est de savoir pourquoi vous souhaitez enfouir les dechets. Je comprends votre problématique des rongeurs. Mais attention à cette pratique: il n’est pas recommandé de placer de déhcts en décomposition en profondeur, car les bactéries nécessaires au processus sont aérobies, c’est à dire qu’elle nécessitent de l’oxygène. Si vos dechets se retrouvent enfouis, ils ne pourront etre décomposés que par des bactéries anaéraobies, ce qui provoquent une dédradation différente qui peut produire des éléments à tendance toxiques pour les plantes. D’ailleurs, même le compost devrait être déposé en surface, ou tout au moins dans les premiers centimètres. Enfin, pour le fumier, c’est une approche finalement assez interessante, s’il s’agit de fumier jeune, qui se decomposera tout l’hiver, et plutot equilibré. Il restera des éléments pailleux, mais peut etre pas assez épais pour réaliser une couverture protectrice; Il faudra peut etre compléter par un nouveau paillage au printemps.

André · 07/06/2020 à 11:54

Bravo pour ce sympathique article ! Tout est dit à l’exception de la partie « naissance ou renaissance d’un sol ». Dans certains cas, il est utile voire indispensable de repartir sur de bonnes bases notamment avec des sols morts ou très déséquilibrés. Pour reprendre le style métaphorique que vous avez l’air d’apprécier, avant de commencer à préparer votre gâteau préféré en mélangeant la farine, le sucre et les oeufs, assurez vous de bien disposer d’une cuisine et d’un four en bon état de marche. 😉
En jardinage, cela consiste à apporter une terre argilo-limoneuse à un sol trop sableux ou de la chaux à un sol trop acide (par exemple). A défaut, aucune vie durable ne sera en mesure de s’installer.

François · 07/06/2020 à 2:01

Bonjour André et merci pour ce message qui me touche, venant d’une référence en jardinage comme toi! C’est une bonne remarque: prendre en compte les sols très déséquilibré sur le plan du PH. . De prime abord, je n’étais pas très partant sur ces ajouts, mais j’avoue ne pas avoir été confronté à ce problème (en tout cas j’ai testé mon pH recemment ai il est neutre), donc c’est facile à dire! C’est clair que l’acidité peut etre très contraignante pour certaines cultures, et peu de gens y pretent attention. Quand au sol sableux, ne pense tu pas que la création d’humus par apport de matière organiques ne va pas rééquilibrer les choses ? Mais bon … à long terme, et à condition de patienter … Il y a ce qui est écrit dans les bouquins (faites avec ce que vous avez, texture sableuse ou argileuse) et la dure réalité des choses.

Nicolas · 15/06/2020 à 9:39

Chouette article qui fait bien le tour de la question en profondeur, et en plus sans être barbant ! J’apprécie aussi le côté nuancé, loin du dogmatisme de certains permaculteurs.

François · 15/06/2020 à 10:43

Merci beaucoup Nicolas de ce commentaire très sympathique. Cela fait extrêmement plaisir de la part d’un blogueur comme toi , dont les articles m’ont beaucoup inspirés! J’essaye en effet d’éviter les jugements trop extrêmes, qui ont tendance à fleurir sur le net … je ne détiens pas de vérités , loin de là. Si cela permet à chacun de connaître un peu plus le sol et d’en tirer des leçons , ce sera une grande satisfaction personnelle . Savoir pourquoi on fait quelque chose avant de se lancer. Encore merci pour ce mot qui me motive à poursuivre 🙂

Nathalie · 05/09/2020 à 10:46

Super article, j’aime beaucoup votre pédagogie et votre vulgarisation qui rend les concepts accessibles et concrets ! Bravo

François · 06/09/2020 à 9:45

Merci Nathalie, votre commentaire me touche beaucoup. J’espère qu’il vaut aura fait avancer dans votre potager 😉

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